Si vous ne relancez pas, ce n’est pas un problème d’organisation
Demandez à un dirigeant pourquoi une facture échue depuis six semaines n’a jamais été relancée : il répondra qu’il n’a pas eu le temps. C’est rarement vrai. Il l’a vue passer, il y a repensé plusieurs fois, il a même rouvert le dossier. Ce qui l’a arrêté n’est pas l’agenda, c’est la gêne. Au Maroc, la relation commerciale est personnelle : on connaît le client, on a mangé avec lui, on retravaillera ensemble.
Alors on repousse. Encore une semaine, il va payer, inutile de froisser. Sauf que la conversation ne reste pas la même. À J+3, un rappel est une formalité que personne ne prend mal. À 90 jours, c’est devenu un sujet : il faut expliquer, justifier, insister — et le client, gêné à son tour, se met à éviter vos appels. Le temps ne rend jamais une créance plus facile à récupérer. Il la durcit.
Cette gêne a une conséquence structurelle qu’on sous-estime. Comme personne d’autre n’ose relancer — l’assistante ne se sent pas légitime, le comptable n’est pas au contact du client —, le dirigeant reste le seul à le faire. Votre trésorerie dépend alors de sa disponibilité et, disons-le, de son humeur de la semaine. Ce n’est pas un processus : c’est un arbitrage émotionnel rejoué chaque jour, et il perd souvent.
Une créance ne vieillit pas toute seule : elle vieillit parce que personne n’a osé la relancer à J+3. Ce que vous appelez un impayé est souvent un silence qui a duré.