Où sont vos justificatifs, là, maintenant ?
Le ticket de carburant est dans la boîte à gants, plié en quatre avec deux autres. La facture du fournisseur de matériel est au fond d’un sac, coincée entre un bon de commande et un devis. La note du restaurant de midi a été photographiée et envoyée sur WhatsApp à la comptable, qui la reclassera « plus tard ». Aucun de ces trois documents n’est aujourd’hui une dépense enregistrée. Ce sont trois papiers en sursis.
Ce n’est pas de la négligence, c’est un problème de séquence. La dépense se fait sur la route, chez le fournisseur, en clientèle. Le classement, lui, se fait au bureau, le soir ou le week-end, parfois trois semaines plus tard — c’est-à-dire au moment précis où le justificatif a déjà été froissé, lavé avec le bleu de travail ou enterré sous quarante messages. Le geste comptable arrive toujours après le document, jamais avec lui.
Le coût, lui, est arithmétique. Sans justificatif, pas de TVA déductible : la dépense ne vous coûte plus son HT, elle vous coûte son TTC. Un plein dont le ticket a disparu, c’est de la TVA avancée à l’État que vous ne récupérerez jamais. Répétez l’opération chaque semaine pendant un an, et vous financez sans le savoir une ligne budgétaire qui n’apparaît sur aucun de vos tableaux.
Un justificatif perdu n’est pas un papier perdu : c’est de la trésorerie qui ne revient pas. La TVA que vous ne déduisez pas, personne ne vous la réclame — et personne ne vous la rend.