« Je te l’ai envoyée » — « Je ne l’ai jamais reçue »
La scène se rejoue chaque mois. Vous avez envoyé la facture, vous en êtes certain. En face, on ne l’a jamais reçue. Personne ne ment : l’email est tombé dans les indésirables, la pièce jointe de quatre mégaoctets a été refusée par le serveur du client, ou l’adresse à laquelle vous écrivez depuis deux ans appartient à quelqu’un qui a quitté l’entreprise. Vous, vous n’en savez rien : un email parti n’est pas un email lu.
La pièce jointe a un second défaut, plus discret : elle circule sans vous. Le contact que vous facturez doit transférer le PDF au comptable — ou oublie de le faire, et c’est la version la plus fréquente. Le comptable, lui, n’est jamais en copie ; il paie ce qu’il voit passer. Chaque intermédiaire ajoute un délai que vous ne mesurez pas, parce que rien, dans votre boîte d’envoi, ne distingue une facture lue d’une facture perdue.
Au Maroc, la relation client passe massivement par WhatsApp, et y poster le PDF règle le problème de l’ouverture — pas celui de la conservation. Un mois plus tard, au moment de la relance, le document a glissé sous trois cents messages, deux vocaux et une photo de chantier. Votre client ne le retrouve pas, vous le renvoyez, et le compteur du délai de paiement repart de zéro. Le fichier était bien arrivé ; il n’existe plus.
Un email parti n’est pas un email lu, et un PDF posté sur WhatsApp n’est pas un PDF retrouvable. Tant que vous relancez à l’aveugle, vous négociez un retard que vous n’avez jamais mesuré.